visites

 

   

CHLOÉ BRESSAN

  

GUÉNANE


DANIEL KAY

  

EMILIENNE KERHOAS

  

ANNE DE SZCYPIORSKI

 

_______________________________________________________________________________________________

 

Chloé Bressan

CES ABÎMES DES PROMENADES  

23x11 cm, 48 pages, 12 Euros

 

Ecrivain et comédienne, Chloé Bressan, née en 1980, se consacre, dans l’écriture et en spectacle, à ce qu’elle nomme le Dire Vivant. Elle est l’auteur du "Chant de la Femme d’argile" et de "Claire Errance" (Isabelle Sauvage, 2012 et 2015), et de pièces de théâtres dont Rendez-vous à droite après l’océan (Les Mandarines, 2013). Elle a également co-écrit avec Gilles Plazy le livre de leur correspondance, "La Poésie, la tarte aux pommes et le topinambour de saint Augustin" (La Part Commune, 2011). Elle vit à Etel (Morbihan).

chloebressan.com


       « Avec ce texte, qu’on peut lire et entendre comme un long monologue de théâtre, je n’ai fait que suivre l’intention du corps et de la pensée, n’ayant d’autre but que de m’avancer en conscience, tout du moins, hors de la rêverie poétique. J’ai découvert pour la première fois le sentiment gênant de me servir de ma propre vie pour écrire. D’entrer en correspondance avec un effrayant besoin de marcher comme s’il en allait de maintenir la terre dans son axe. Heureusement, une force bien plus grande sait nous ralentir pour revenir au premier pas, celui que l’on pose juste avant de savoir vers où l’on va. » (Chloé Bressan)
 

 

         EXTRAIT

        Il est dit dans tous les grands textes… C’est à moi que vous parlez ? Je crois, oui. Cela n’a visiblement aucun effet. Visiblement. Qui es-tu ? Je suis la mère de cette forêt. Ça ne se voit pas. Ça se devine. Visiblement. Qui es-tu ? Je suis la mère d’un troupeau de nuages. Mère de miroirs. Le cadavre remue. Visiblement, lorsque vous parlez. Visiblement, les miroirs sont très demandés. Oui, les cadavres se les arrachent. Ils veulent se voir. Allez savoir pourquoi. Oui, la nuit, surtout, ils tendent leurs mains dans le fond de la nuit. C’est pas nuit encore. Pas tout à fait. Vous n’êtes pas cadavre. Vous êtes la femme. Je suis la femme, ce n’est pas nuit encore, je sens le sang frapper les tambours. Visiblement, cela semble vous aller. C’est à la fois confortable et d’une belle finition. Je veux dire le cadavre avant d’être cadavre s’apprête pour se regarder, pour se voir dans le miroir. Oui, avant d’aller. Visiblement, je vous vois. Là, c’est délicat. Oui, c’est sûr, on peut le dire. De se voir, c’est délicat.  Ça, c’est sûr. Vous n’auriez pas vu un homme portant des pierres sur le dos ?

          *

        Tiens, nous commençons à parler. Assurément. Vous n’êtes pas encore cadavre, moi, je vous le dis. Je suis la femme. Et l’homme a à voir avec ça. L’homme n’est jamais très loin, en effet. L’homme est loin du sommet, la plupart du temps. Oui. Moi aussi je suis cela, la femme est aussi cela. Pour aimer l’homme, il faut pouvoir trom-per tes bras avec ceux de la rivière. Tu es bien jeune pour aimer un homme. Je le suis, oui. Je suis la mère de cette forêt. Je ne suis pas sûre de le rencontrer un jour. L’homme que j’aime marche. Tu t’amuses à perdre les choses. Il marche et n’arrête jamais. Je ne demande pas à l’eau de devenir diamant. Vous entendez ? Très bien. Nous parlons presque à voix haute, à présent. C’est une grâce. L’homme est toujours loin du sommet, alors il parle. C’est cela qui arrive. On n’a pas pu y échapper. On n’y échappe pas vraiment, vous savez. De parler. Nous parlons. A travers les branches de ce rosier. Vous aimez les roses ?

 

lecture intégrale possible sur

en.calameo.com/books/0033936764829620f8c90


_______________________________________________________________________________________________

  

GUÉNANE

Atacama

23x11 cm  48 pages  12 Euros

Poète, auteure de romans, récits et nouvelles, Guénane, qui a longtemps vécu en Amérique du Sud vit désormais en rade de Lorient.

Nos traces ont-elles une mémoire sans fin ni fil ? Guénane a sillonné deux fois les Andes arides, le désert d’Atacama, à trente-cinq ans d’intervalle ; un désert aussi mouvant que les souvenirs. L’émotion d’un retour est un subtil stimulant. Il faut que le passé se tapisse pour laisser le surnaturel entrer et succomber encore au vertige d’un chef d’œuvre naturel. www.guenane.fr/

 

“ Dunes douces  émoussées  grillées
des silhouettes de grès rouge dressées dans le sable
honorent l’histoire ancestrale
Présences Tutélaires
elles gardent l’entrée du passage
vers le monde où  la conscience s’altère
où les Dieux se rapprochent
quand le monde mortel s’allie
aux forces surnaturelles.

Un panneau fusille  net la transcendance
Recinto Militar       
Enceinte Militaire
vous êtes bien dans ce monde
d’autres autorités de tutelle veillent
le ciel mange la couleur du désert ou l’inverse
les monolithes impassibles se souviennent. ”

 
lecture intégrale possible sur :

 fr.calameo.com/books/00339367698ffe9cc4951

___________________________________________________________   

 

DENIS HEUDRÉ

Bleu Naufrage (Elégie de Lampedusa)

48 pages, 12 Euros

  

 

 

  "  Le 3 octobre 2013, des centaines de migrants ont trouvé la mort en Méditerranée, tout près de Lampedusa. Le 3 octobre 2013 et les jours suivants, j’ai ressenti comme un dégoût d’être là devant ma télé, dans mon petit confort.

 

 

     Des corps sont étalés par terre dans des linceuls en plastique. Des corps devenus choses, déposés sous nos regards blasés. Des femmes, des enfants, des hommes dont on ne saura jamais rien de leur vie, pas même leur nom.
     J’ai voulu écrire et continuer de ressentir. Sans m’imposer de forme, ni de contrainte. Un des petits cercueils blancs portait le numéro Quinze, c’est le nom que j’ai gardé pour cet enfant à qui je pense régulièrement.
     Et puis, en rien coupable, néanmoins témoin, tout ce bleu pour accompagner le malheur..." (D. H.)


“ ici bien au chaud dans leur petit bonheur
ils t’ont oublié
je les regarde donner leur nom au monde
tout savoir sur tout
et penser que tous ceux qui sont différents
sont indolents
je les regarde faire mieux que tout le monde
et mieux encore que ce que l’on pense

je les regarde s’adonner au superficiel
à l’argent et au dénigrement
je les regarde car on ne voit qu’eux
tout l’espace est occupé par leur nom
leur image et les quelques phrases cyniques
qu’ils peuvent asséner dans les médias
je les regarde faire leurs coups
mener à bien leur stratégie de conquête
et de marchandisation
je les regarde à travers le miroir
déformant du business
parler des pauvres comme des fainéants
je les regarde sans les envier
je pense à Quinze qui voulait venir à eux
je pense que Quinze aurait été meilleur qu’eux ”




lecture intégrale possible sur

en.calameo.com/read/003393676f60214093651

________________________________________________________________

DANIEL KAY

Fragments des deux baies

48 pages, 12 Euros

A travers ces fragments Daniel Kay tente de réinventer une côte, un rivage en repartant sur les chemins d’une mémoire vive à la recherche de paysages aimés souvent depuis l’enfance, entre Roscoff et Trébeurden. Ainsi peu à peu par la condensation de l’ellipse, le sens du détail et de la couleur le poète construit par bribes les repères d’une véritable cartographie intérieure.
www.danielkay.fr
 

 

EXTRAIT

“ Sentier côtier

Sans doute une voie

Pour atteindre le bleu

 

Sentier côtier

Bâtons de pèlerin

Aube un peu mauve

                                                      

La mer bougonne

Le marcheur tient bon

Le sentier balbutie

 

Le chemin

N’est plus le chemin

Sans le bleu

 

Trois arbres

Au–devant du ciel

Interrogent

 

Trois arbres

Au devant du ciel

improvisation

  

 *

  

Fort du taureau

Soudain sous mes yeux

Les parcs s’étirent

 

Apparition de la baie

Plus ancienne

Que le langage

 

Mouettes votives

Dans le rétroviseur

Prières dans la bouche des morts

 

La mer

Chuchote son texte

En baillant

 

En granit rose

Le cénotaphe

Sous la blanche écume

 

La mer

Grignote la côte

Mâchoires de fraîcheur

 

Deux étendues

Entièrement bleues

Sans se mentir ”

 

lecture intégrale possible sur
 en.calameo.com/read/003393676c8b6583c013a

________________________________________________________________________________________________

Emilienne Kerhoas

SAINT-CADOU

Réédition du premier ouvrage de poésie de l'auteur publié en 1957

  23X11  56 pages 12 Euros

 

EXTRAIT

“ L’ÉCHEVEAU DU TEMPS

O songeuse
ô secrète
dévide le sommeil

c’est un arbre
c’est un rêve
tout frémissant d’abeilles

il venait par l’allée
jusqu’au bout du sommeil
il était le jardin
où fleurissaient tes yeux
il était le miroir
où coulaient tes cheveux

la vie s’amenuisait
fragile irrespirable

ô beau cheval d’écume
transparent et frangé
d’aveugles étincelles !

présence de l’aimé
présence du soleil
irréelle et dansante
au puits de mon sommeil.



A MA FENÊTRE

A ma fenêtre
le paysage est ivre et doux

l’oiseau peut-être
pollen en pluie
épouse l’air que tu respires

à ma fenêtre
le jour est ivre charnel et doux

la fleur peut-être
connaît tes doigts
lents et distraits
et ton regard

à ma fenêtre
l’arbre est jaloux

un brin léger
d’herbe peut-être
connaît ta bouche

à ma fenêtre
le ciel est fou. ”


lecture intégrale possible sur :

fr.calameo.com/read/00339373402224dc68d18


 

LUEURS AIGUËS ET NŒUDS

Des notes poétiques récentes

  23X11  48 pages 12 Euros

 

EXTRAIT

" Géométrie lumineuse, projetée sur le vide et qui voyage : la conscience est ce ciel où l’esprit trace la ligne d’une langue extraite du fond obscur le l’être, afin, peu à peu, de dégager ce point où se concentre puis se perd toute subjectivité. Ce point inconnu, d’abord entrevu, puis vu dans son étrangeté et soudain reconnu. "
 

*


Dans la danse, par le double regard je saisis la vie où s’enroule la mort ; la chair s’évapore au point magnétique où l’esprit la saisit : l’angoisse est blanche comme l’extase.

Mon ignorance et ma bêtise me fertilisent.

Des voiles se déchirent. Des roses violentes naissent, suivent le Courant de la vie qui les affadit et les fait mourir. En moi, à contre-courant, la belle violence garde sa pourpre.

*


Mère, tu étais à toi, toute seule, un théâtre d’ombres et de lumière, de mots discordants et de rayonnement pur. Tu projetais le feu de ta passion sur le sol désert de ta vieillesse. Ta passion jugulée à vie sortait de tous ses antres à la fois : avant de disparaître, tu as lancé ton cri.

*

Tout est mouvement et qu’importe l’angoisse d’un moment si j’en construis les lignes qui me transportent ailleurs.

*


Un verre de vin rouge, un bol de lentilles, l’arbre de Jessé en carte postale, un pot de miel, le « mémoire » d’une amie et son portrait signant cette phrase de son texte : « ainsi le spectacle se joue dans l’espace-temps de l’indicible, la dernière rose du jardin. (Ma table, ce midi, 17 novembre 2009.)

*


Ta parole nue : nul labyrinthe mais des sentiers sous une lumière vive.




 

_______________________________________________________________________________________________

 

                            Anne de Szczypiorski

              L'ATMOSPHÈRE EST SACCAGÉE

 
                                               
23x11  70 pages  12 Euros   

 

    On ne devrait pas mourir à vingt ans. On ne devrait pas se sentir assez mal en vie pour se tuer.  On ne devrait pas tant souffrir quand on a un don tel celui qu’avait Anne de Szczypiorski. Mais on ne meurt pas quand on laisse derrière soi des écrits qui disent si bien l’envie de vivre et la douleur de vivre. Une œuvre ici témoigne en lumière d’un être qui fut pris par l’ombre.

 

EXTRAIT

   "Les mots ne parlent pas comme ils devraient parler. Il faut jongler, jouer avec, les faire pleurer ou rire, les colorier, les dessiner, leur donner la forme d’une bouche renflée, suave, un peu triste, celle d’une main sans chair qui rappellera l’araignée, celle d’une fille longiligne, moulée dans un blue-jean et un chemisier cacharel, celle d’une chevelure couleur de piano neuf, celle d’un regard de chat qu’on n’humilie jamais.
    Pourquoi écrire, quand on est gai, quand la joie gicle, pareille à un feu d’artifice, en fusée, en feu de Bengale, en gerbe, pas besoin de mots. Leur fadeur les tuerait. Et quand on est triste, c’est pire encore, car la tristesse, toute mélancolie, se cristallise sous la plume et s’approfondit, en prenant substance. Alors on devient assez masochiste pour se complaire en sa peine, sa douleur.
    Faut-il écrire quand on est sans passion, neutre, indifférent, glauque? En ces moments, je n’en ressens jamais l’envie. Le désir, aussi petit soit-il, n’est-il pas indispensable pour créer ? N’est-ce pas la soif qui porte le génie ?
   «Le jour des quarante-cinq couchers de soleil, tu étais donc tellement triste ? » Le Petit Prince ne répondit pas.
   Je vis dans d’autres dimensions, je vis dans l’incroyable, ce que l’on ne voit pas, ce que l’on n’entend pas, ce que l’on ne sent pas et je ne veux pas atterrir.
   Pour m’atteindre, il faut que le blues infuse  des déchirures de vielle, de guitare, de saxo. Il faut perdre toute notion du réel et de l’irréel. Il faut que les voyelles éclatent de couleurs diaphanes et nébuleuses, sans pour cela s’appeler Rimbaud. Il faut des vents échevelés qui feutrent les chevelures, des brumes flottantes et grises pendant aux arbres comme des robes de mortes. Il faut des myosotis, ancolies semblables aux yeux de Pascale. Il faut des toits pointus d’antiques maisons rongées, des eaux mendiantes où crèvent des bulles et où frissonnent des souvenirs.
    Il faut des soleils jaunes où s’effilochent les étoiles, les astres avec leurs calèches en or, en diamant, en aventurine, en chrysolite, comme des milliers d’yeux qui poinçonnent la nuit. Il faut l’aube, son balbutiement perlé où pleut la rosée en gouttes de lune. Il faut l’aurore orange avec la mauvissure du grand ciel infini et déchiré. Il faut que le chagrin soit bu par des lèvres, il faut que la  nuit palpite contre la vitre comme un papillon égaré.
    Il faut. Il faut. Il faut. Il faut les fils de la vierge dégouttant de joyaux. Il faut que toutes les guitares du monde s’appellent Candélaria. Il faut tant de choses, tant d’images. C’est impossible. Vous ne pouvez comprendre.
   Je ne veux pas changer, je ne veux pas vieillir…jamais. Je veux mourir avant de vieillir, avant de me métamorphoser en quelqu’un semblable à vous, avant de devenir quelque chose de réel, car je suis irréelle. Ce que je fus hier, ne sera plus demain.
"

 

LECTURE INTÉGRALE POSSIBLE SUR

en.calameo.com/books/003393676c46732525586

_______________________________________________________________