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La Sirène étoilée a publié en 2018 deux ouvrages

dans sa nouvelle collecrtion Onyx

19x13 cm

12 €

 

 

 
[     ] comment dire ? je ne sais pas     je ne sais pas
 

parler de la nuit     premières paroles au sortir de ma nuit     savoir comment la voix d’un matin commence le jour     — éraillée —      si commence un jour
 

ça qu’on peut ne peut pas dire — ça quoi      croasse celui qui écrit     voix anonyme      en quoi singulière [ restons-en là ou tabula rasa ]     pas mieux pas pire que dire     mal construire      jour ennui     jour en feu     premières paroles d’après la nuit     mots de l’écrire — en joue     feu
 
 
à écrire de notre nuit     la suite aux divers évènements au défilement [ phénomènes pas toujours naturels ]     détruire ne pas attendre de dire ce qui matin après matin nous d’après nous dépassés     devient pousser l’exhortation muette     le cri       des mots de notre espèce
 

si l’on regarde alentour — des plaines     des éteules    corneilles annonciatrices     dilution de la misérable lumière     tristesse maigre     une sorte d’acide soporifique — une grande flaque et encore croassant bras en croix     tête en sang slash pauvre animal pensant


si je la regarde me réveille ouvertement sans attendre rien     frapper à la porte ouverte     se poser la question de la lune pleine      montrer patte blanche     — désolée     saccages     me tristesse ruines     me peine à parler d’une vitalité     une raison     pas toute sa tête sûrement qui sont les siennes sa syntaxe     sa vision des choses du monde de ma vie si j’y suis au matin d’une voix  
 

la nuit est là     je ne mets pas gravement l’accent sur ce non-événement     je ne mets point ni majuscule     bascule vers on     bouscule on ne sait quoi     saccage     quand un peu de couleur douceâtre perce     s’étale



s’installe suffisamment de place     me conjugue à toutes les spéculations     les échos-égos     je prends la dictée     enregistre me fatigue     grave ses fragments-divisions sans phrases sans nécessités peut-être      sans discontinuer pas de son     plus rien à voir circulez avec je suis le sujet — a-t-elle pris la précaution de se relire     de réécrire ?
 
comme un loup j’aime la lune     comme éparpillé un fou           dans les cosmogonies     comme un trou au ciel noir     sans cesse je relis les mots caviardés des étoiles     du bout des doigts     en aveugle imaginé
 

des histoires —  me cherchent me trouvent — de toujours je défile ne sais m’enfuir en douce sauvage courant avec des loups s’assembler aux nuits du temps     nous grattons retournons la terre dans un bois     écartons les mâchoires d’un piège nos crocs     retournons en rond trouver une trace de la vie jusqu’au bout un lever peut-être pénétrer une clairière-lumière [ un baiser volé ]  —  on ne sait jamais [ toujours ]
 

se répètent les histoires     les fatigues     la marée qui enfle et désenfle     carcasses qui se tassent — pourquoi l’insistance de cette odeur d’humus     les paupières qui pèsent ? un linceul d’écriture pour emmailloter le jour     maladroit



dans quel état je me suis mise à quatre pattes me dit la nuit parfois la vieille des fois ramassant les os     ongles longs et sales dans les profondeurs de nos sœurs c’est la femme squelette toutefois encore la jeune-fille-fraîche-frêle qui puis mélange les eaux pour faire disparaître le sang et refaire les âmes dit-elle
 

ce serait     cette traversée qui de la pénombre au noir complet     un flottement sur des eaux étales     ce serait ma peur disparue     un sang neuf et très calme — la distance s’étire     je suis là     sur toutes les berges
 

ou autrement ces postures qui bougent un peu d’une figure ou une autre affamée de poursuivre blessée — visage fissure de n’être consolés —     dans ce flou de zones ignorées ignorantes     en sommes-nous là incultes à retraverser sans se cogner     et ce serait courir même allongés même agenouillés — identiques — même chagrin


le crépuscule penche     l’entière humanité blessée — nous     récipient à peu près vide — l’humanité — un agrume rabougri     nous     du couple     du peuple     de l’univers incalculable     noués à la fragilité
 

noués à la vérité — secousses dans les yeux    clignotements-cillements des paupières séparées — comment dire ce que ça s’évertue absolument la nuit aux autres éléments     substances     pourquoi pas les mots ? comment dire que la nuit je crée la nuit réitérée     je penche la vie me suicide     le jour je recommence mais rien n’arrive vraiment ?
 

rien n’arrive     hors le matin recommencé    un brouillard     lambeaux de phrases     lombrics tranchés se trémoussent     extirpés de la grosse malle nocturne     thermostat réglé à 16°C     doigts gourds     mots pareillement ankylosés     la pensée titube je mer rouge invraisemblable     l’inertie gagne du terrain     mayday     mayday     mayday


si ce n’est que s’est-il passé après  va précéder devance avance     nous poursuivre      recommencer — venir de trop loin matériellement pas le temps d’arriver de revenir au jour trop tôt —  on y est au creux milieu de laissant devant un nouveau cadavre     je nuit-rouge plus que crédible — pourquoi pas les morts ?
 
 
recommencer     on entasse [dans le manque] fragments     épluchures     un pied devant l’autre     une minute qui s’ajoute à une minute [dans le manque]     avec des camaïeux de gris dans l’air d’octobre     une insuffisance d’être     douloureuse plutôt     l’écharde bien enfoncée     continuer [dans le manque]     sans la lumière
 

 

 

 

 

      Les “ gens de la montagne ” seraient-ils ces êtres d’un monde autre, géants d’un autre espace, d’un temps autre que celui de notre indigente chronologie, détenteurs d’autres forces, d’autres savoirs, d’autres énergies, auprès desquels j’aurais tout ( ou presque ) à apprendre ? Grands esprits énigmatiques, génies de la hauteur, complices du ciel et des nuages, du soleil et de la lune, esprits du surhumain ( ou du pleinement humain ) qui n’est pas hors de portée de celui qui va vers eux en leur portant de cet esprit de l’océan, le sel, qu’il a su recueillir dans la cristallisation de l’eau ensoleillée – sel détenteur donc de toutes les profondeurs, l’obscurité sous-marines. L’homme, cet être du milieu, est le point de rencontre de ces deux extrêmes. D’une telle charge il préfère ne pas être conscient et la tenir sous le boisseau, mais qu’il l’assume et il pourra s’épanouir dans une autre dimension, prenant toute son envergure. Cela, toutefois, n’est pas sans danger : dans un tel élargissement la folie menace. Au moins cela est-il mission de quelques-uns ; d’où l’art, la poésie – seule magie encore valide en l’absence de dieux à invoquer ( ou réduction de la magie dans l’humaine dimension, possibilité d’une quatrième dimension ), expérience du divin, cette grandeur au cœur de l’homme, plénitude de l’esprit de l’homme, d’où naquirent les dieux dans des mythes qui eurent fonction de mettre de l’histoire dans le silence auquel se heurte nativement l’homme.
     Dans quelle mesure entendez-vous la musique du divin, pouvez-vous faire l’expérience du sacré, si sacré est l’élan de l’homme dans l’entière dimension du monde ? Dans l’absence ( “ l’écart ”, disent certains6 ) des dieux seul règne désormais le démon de l’analogie7, non quelque diable en envers d’un mono-dieu, mais “ démon ” à la grecque, énergie, souffle encore non contraint par la raison étroite. L’analogie, c’est liaison déniant les coupures de l’analyse, élucidant des correspondances, prenant acte de l’infini mouvement des métamorphoses et ce n’est pas une vaine idée que celle qui établit une concordance entre la profondeur et la hauteur, entre le sel de la mer et celui de la montagne, puisque sel n’est pas uniquement recueilli sur les rivages et que, rose, en altitude il a une autre finesse...