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Chloé Bressan

CES ABÎMES DES PROMENADES  

23x11 cm, 48 pages, 12 Euros

 

Ecrivain et comédienne, Chloé Bressan, née en 1980, se consacre, dans l’écriture et en spectacle, à ce qu’elle nomme le Dire Vivant. Elle est l’auteur du "Chant de la Femme d’argile" et de "Claire Errance" (Isabelle Sauvage, 2012 et 2015), et de pièces de théâtres dont Rendez-vous à droite après l’océan (Les Mandarines, 2013). Elle a également co-écrit avec Gilles Plazy le livre de leur correspondance, "La Poésie, la tarte aux pommes et le topinambour de saint Augustin" (La Part Commune, 2011). Elle vit à Etel (Morbihan).

chloebressan.com


       « Avec ce texte, qu’on peut lire et entendre comme un long monologue de théâtre, je n’ai fait que suivre l’intention du corps et de la pensée, n’ayant d’autre but que de m’avancer en conscience, tout du moins, hors de la rêverie poétique. J’ai découvert pour la première fois le sentiment gênant de me servir de ma propre vie pour écrire. D’entrer en correspondance avec un effrayant besoin de marcher comme s’il en allait de maintenir la terre dans son axe. Heureusement, une force bien plus grande sait nous ralentir pour revenir au premier pas, celui que l’on pose juste avant de savoir vers où l’on va. » (Chloé Bressan)
 

 

         EXTRAIT

        Il est dit dans tous les grands textes… C’est à moi que vous parlez ? Je crois, oui. Cela n’a visiblement aucun effet. Visiblement. Qui es-tu ? Je suis la mère de cette forêt. Ça ne se voit pas. Ça se devine. Visiblement. Qui es-tu ? Je suis la mère d’un troupeau de nuages. Mère de miroirs. Le cadavre remue. Visiblement, lorsque vous parlez. Visiblement, les miroirs sont très demandés. Oui, les cadavres se les arrachent. Ils veulent se voir. Allez savoir pourquoi. Oui, la nuit, surtout, ils tendent leurs mains dans le fond de la nuit. C’est pas nuit encore. Pas tout à fait. Vous n’êtes pas cadavre. Vous êtes la femme. Je suis la femme, ce n’est pas nuit encore, je sens le sang frapper les tambours. Visiblement, cela semble vous aller. C’est à la fois confortable et d’une belle finition. Je veux dire le cadavre avant d’être cadavre s’apprête pour se regarder, pour se voir dans le miroir. Oui, avant d’aller. Visiblement, je vous vois. Là, c’est délicat. Oui, c’est sûr, on peut le dire. De se voir, c’est délicat.  Ça, c’est sûr. Vous n’auriez pas vu un homme portant des pierres sur le dos ?

          *

        Tiens, nous commençons à parler. Assurément. Vous n’êtes pas encore cadavre, moi, je vous le dis. Je suis la femme. Et l’homme a à voir avec ça. L’homme n’est jamais très loin, en effet. L’homme est loin du sommet, la plupart du temps. Oui. Moi aussi je suis cela, la femme est aussi cela. Pour aimer l’homme, il faut pouvoir trom-per tes bras avec ceux de la rivière. Tu es bien jeune pour aimer un homme. Je le suis, oui. Je suis la mère de cette forêt. Je ne suis pas sûre de le rencontrer un jour. L’homme que j’aime marche. Tu t’amuses à perdre les choses. Il marche et n’arrête jamais. Je ne demande pas à l’eau de devenir diamant. Vous entendez ? Très bien. Nous parlons presque à voix haute, à présent. C’est une grâce. L’homme est toujours loin du sommet, alors il parle. C’est cela qui arrive. On n’a pas pu y échapper. On n’y échappe pas vraiment, vous savez. De parler. Nous parlons. A travers les branches de ce rosier. Vous aimez les roses ?

 

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en.calameo.com/books/0033936764829620f8c90


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GUÉNANE

Atacama

23x11 cm  48 pages  12 Euros

Poète, auteure de romans, récits et nouvelles, Guénane, qui a longtemps vécu en Amérique du Sud vit désormais en rade de Lorient.

Nos traces ont-elles une mémoire sans fin ni fil ? Guénane a sillonné deux fois les Andes arides, le désert d’Atacama, à trente-cinq ans d’intervalle ; un désert aussi mouvant que les souvenirs. L’émotion d’un retour est un subtil stimulant. Il faut que le passé se tapisse pour laisser le surnaturel entrer et succomber encore au vertige d’un chef d’œuvre naturel. www.guenane.fr/

 

“ Dunes douces  émoussées  grillées
des silhouettes de grès rouge dressées dans le sable
honorent l’histoire ancestrale
Présences Tutélaires
elles gardent l’entrée du passage
vers le monde où  la conscience s’altère
où les Dieux se rapprochent
quand le monde mortel s’allie
aux forces surnaturelles.

Un panneau fusille  net la transcendance
Recinto Militar       
Enceinte Militaire
vous êtes bien dans ce monde
d’autres autorités de tutelle veillent
le ciel mange la couleur du désert ou l’inverse
les monolithes impassibles se souviennent. ”

 
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Ma Patagonie

23x11 cm  48 pages  12 Euros

 

 Jamais brutale  la nuit de l'été austral

amateurs de nuits blanches

il faut la chercher en vain l'attendre

une lueur insiste sur les Andes.

 

Steppique

flanquée de forêts  de glaciers

un mystère embrase

ce nom audacieux Terre de Feu

si longtemps appelée Brouillards.

 

Dans les laminaires géantes

un air de Piazzola lancine en rythme

s'enroule à la cruauté des siècles

civilisation  Evangiles  tourments

hommes blancs qu'ils voyaient roses

les Yamana s'éteignirent en quinze ans

leur univers métaphorique

leur mythologie enfouie

dans le silence des pierres

leurs indéchiffrables murmures.

 

La colère du vent vient de loin

dans sa voix mugissent des ombres.

 

 

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DENIS HEUDRÉ

Bleu Naufrage (Elégie de Lampedusa)

48 pages, 12 Euros

  

 

  "  Le 3 octobre 2013, des centaines de migrants ont trouvé la mort en Méditerranée, tout près de Lampedusa. Le 3 octobre 2013 et les jours suivants, j’ai ressenti comme un dégoût d’être là devant ma télé, dans mon petit confort.

 

 

     Des corps sont étalés par terre dans des linceuls en plastique. Des corps devenus choses, déposés sous nos regards blasés. Des femmes, des enfants, des hommes dont on ne saura jamais rien de leur vie, pas même leur nom.
     J’ai voulu écrire et continuer de ressentir. Sans m’imposer de forme, ni de contrainte. Un des petits cercueils blancs portait le numéro Quinze, c’est le nom que j’ai gardé pour cet enfant à qui je pense régulièrement.
     Et puis, en rien coupable, néanmoins témoin, tout ce bleu pour accompagner le malheur..." (D. H.)


“ ici bien au chaud dans leur petit bonheur
ils t’ont oublié
je les regarde donner leur nom au monde
tout savoir sur tout
et penser que tous ceux qui sont différents
sont indolents
je les regarde faire mieux que tout le monde
et mieux encore que ce que l’on pense

je les regarde s’adonner au superficiel
à l’argent et au dénigrement
je les regarde car on ne voit qu’eux
tout l’espace est occupé par leur nom
leur image et les quelques phrases cyniques
qu’ils peuvent asséner dans les médias
je les regarde faire leurs coups
mener à bien leur stratégie de conquête
et de marchandisation
je les regarde à travers le miroir
déformant du business
parler des pauvres comme des fainéants
je les regarde sans les envier
je pense à Quinze qui voulait venir à eux
je pense que Quinze aurait été meilleur qu’eux ”




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DANIEL KAY

Fragments des deux baies

48 pages, 12 Euros

A travers ces fragments Daniel Kay tente de réinventer une côte, un rivage en repartant sur les chemins d’une mémoire vive à la recherche de paysages aimés souvent depuis l’enfance, entre Roscoff et Trébeurden. Ainsi peu à peu par la condensation de l’ellipse, le sens du détail et de la couleur le poète construit par bribes les repères d’une véritable cartographie intérieure.
www.danielkay.fr
 

 

EXTRAIT

“ Sentier côtier

Sans doute une voie

Pour atteindre le bleu

 

Sentier côtier

Bâtons de pèlerin

Aube un peu mauve

                                                      

La mer bougonne

Le marcheur tient bon

Le sentier balbutie

 

Le chemin

N’est plus le chemin

Sans le bleu

 

Trois arbres

Au–devant du ciel

Interrogent

 

Trois arbres

Au devant du ciel

improvisation

  

 *

  

Fort du taureau

Soudain sous mes yeux

Les parcs s’étirent

 

Apparition de la baie

Plus ancienne

Que le langage

 

Mouettes votives

Dans le rétroviseur

Prières dans la bouche des morts

 

La mer

Chuchote son texte

En baillant

 

En granit rose

Le cénotaphe

Sous la blanche écume

 

La mer

Grignote la côte

Mâchoires de fraîcheur

 

Deux étendues

Entièrement bleues

Sans se mentir ”

 

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Emilienne Kerhoas

SAINT-CADOU

Réédition du premier ouvrage de poésie de l'auteur publié en 1957

  23X11  56 pages 12 Euros

 

EXTRAIT

“ L’ÉCHEVEAU DU TEMPS

O songeuse
ô secrète
dévide le sommeil

c’est un arbre
c’est un rêve
tout frémissant d’abeilles

il venait par l’allée
jusqu’au bout du sommeil
il était le jardin
où fleurissaient tes yeux
il était le miroir
où coulaient tes cheveux

la vie s’amenuisait
fragile irrespirable

ô beau cheval d’écume
transparent et frangé
d’aveugles étincelles !

présence de l’aimé
présence du soleil
irréelle et dansante
au puits de mon sommeil.



A MA FENÊTRE

A ma fenêtre
le paysage est ivre et doux

l’oiseau peut-être
pollen en pluie
épouse l’air que tu respires

à ma fenêtre
le jour est ivre charnel et doux

la fleur peut-être
connaît tes doigts
lents et distraits
et ton regard

à ma fenêtre
l’arbre est jaloux

un brin léger
d’herbe peut-être
connaît ta bouche

à ma fenêtre
le ciel est fou. ”


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LUEURS AIGUËS ET NŒUDS

Des notes poétiques récentes

  23X11  48 pages 12 Euros

 

EXTRAIT

" Géométrie lumineuse, projetée sur le vide et qui voyage : la conscience est ce ciel où l’esprit trace la ligne d’une langue extraite du fond obscur le l’être, afin, peu à peu, de dégager ce point où se concentre puis se perd toute subjectivité. Ce point inconnu, d’abord entrevu, puis vu dans son étrangeté et soudain reconnu. "
 

*


Dans la danse, par le double regard je saisis la vie où s’enroule la mort ; la chair s’évapore au point magnétique où l’esprit la saisit : l’angoisse est blanche comme l’extase.

Mon ignorance et ma bêtise me fertilisent.

Des voiles se déchirent. Des roses violentes naissent, suivent le Courant de la vie qui les affadit et les fait mourir. En moi, à contre-courant, la belle violence garde sa pourpre.

*


Mère, tu étais à toi, toute seule, un théâtre d’ombres et de lumière, de mots discordants et de rayonnement pur. Tu projetais le feu de ta passion sur le sol désert de ta vieillesse. Ta passion jugulée à vie sortait de tous ses antres à la fois : avant de disparaître, tu as lancé ton cri.

*

Tout est mouvement et qu’importe l’angoisse d’un moment si j’en construis les lignes qui me transportent ailleurs.

*


Un verre de vin rouge, un bol de lentilles, l’arbre de Jessé en carte postale, un pot de miel, le « mémoire » d’une amie et son portrait signant cette phrase de son texte : « ainsi le spectacle se joue dans l’espace-temps de l’indicible, la dernière rose du jardin. (Ma table, ce midi, 17 novembre 2009.)

*


Ta parole nue : nul labyrinthe mais des sentiers sous une lumière vive.




 

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                            Anne de Szczypiorski

              L'ATMOSPHÈRE EST SACCAGÉE

 
                                               
23x11  70 pages  12 Euros   

 

    On ne devrait pas mourir à vingt ans. On ne devrait pas se sentir assez mal en vie pour se tuer.  On ne devrait pas tant souffrir quand on a un don tel celui qu’avait Anne de Szczypiorski. Mais on ne meurt pas quand on laisse derrière soi des écrits qui disent si bien l’envie de vivre et la douleur de vivre. Une œuvre ici témoigne en lumière d’un être qui fut pris par l’ombre.

 

EXTRAIT

   "Les mots ne parlent pas comme ils devraient parler. Il faut jongler, jouer avec, les faire pleurer ou rire, les colorier, les dessiner, leur donner la forme d’une bouche renflée, suave, un peu triste, celle d’une main sans chair qui rappellera l’araignée, celle d’une fille longiligne, moulée dans un blue-jean et un chemisier cacharel, celle d’une chevelure couleur de piano neuf, celle d’un regard de chat qu’on n’humilie jamais.
    Pourquoi écrire, quand on est gai, quand la joie gicle, pareille à un feu d’artifice, en fusée, en feu de Bengale, en gerbe, pas besoin de mots. Leur fadeur les tuerait. Et quand on est triste, c’est pire encore, car la tristesse, toute mélancolie, se cristallise sous la plume et s’approfondit, en prenant substance. Alors on devient assez masochiste pour se complaire en sa peine, sa douleur.
    Faut-il écrire quand on est sans passion, neutre, indifférent, glauque? En ces moments, je n’en ressens jamais l’envie. Le désir, aussi petit soit-il, n’est-il pas indispensable pour créer ? N’est-ce pas la soif qui porte le génie ?
   «Le jour des quarante-cinq couchers de soleil, tu étais donc tellement triste ? » Le Petit Prince ne répondit pas.
   Je vis dans d’autres dimensions, je vis dans l’incroyable, ce que l’on ne voit pas, ce que l’on n’entend pas, ce que l’on ne sent pas et je ne veux pas atterrir.
   Pour m’atteindre, il faut que le blues infuse  des déchirures de vielle, de guitare, de saxo. Il faut perdre toute notion du réel et de l’irréel. Il faut que les voyelles éclatent de couleurs diaphanes et nébuleuses, sans pour cela s’appeler Rimbaud. Il faut des vents échevelés qui feutrent les chevelures, des brumes flottantes et grises pendant aux arbres comme des robes de mortes. Il faut des myosotis, ancolies semblables aux yeux de Pascale. Il faut des toits pointus d’antiques maisons rongées, des eaux mendiantes où crèvent des bulles et où frissonnent des souvenirs.
    Il faut des soleils jaunes où s’effilochent les étoiles, les astres avec leurs calèches en or, en diamant, en aventurine, en chrysolite, comme des milliers d’yeux qui poinçonnent la nuit. Il faut l’aube, son balbutiement perlé où pleut la rosée en gouttes de lune. Il faut l’aurore orange avec la mauvissure du grand ciel infini et déchiré. Il faut que le chagrin soit bu par des lèvres, il faut que la  nuit palpite contre la vitre comme un papillon égaré.
    Il faut. Il faut. Il faut. Il faut les fils de la vierge dégouttant de joyaux. Il faut que toutes les guitares du monde s’appellent Candélaria. Il faut tant de choses, tant d’images. C’est impossible. Vous ne pouvez comprendre.
   Je ne veux pas changer, je ne veux pas vieillir…jamais. Je veux mourir avant de vieillir, avant de me métamorphoser en quelqu’un semblable à vous, avant de devenir quelque chose de réel, car je suis irréelle. Ce que je fus hier, ne sera plus demain.
"

 

LECTURE INTÉGRALE POSSIBLE SUR

en.calameo.com/books/003393676c46732525586

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  LE GOLVAN

Psaume des psaumes

23x11 48 pages 12 Euros

 

Dans un fort élan lyrique Le Golvan s'adresse à David, le grand poète des Psaumes.


Nicolas Le Golvan, né en 1971, est professeur de français et vit à Gien (Loiret). Il a publié plusieurs livres de fiction, dont les romans “Reste l’été” (Flammarion, 2012), “Bérânasî” (Sipayat) et “Daghailchiih” (Sipayat, 2017).

 nicolas-legolvan.iggybook.com/fr/

 

EXTRAIT

 “ Assez, David, je vais te dire ce qu’il en est de mourir car la mort est à charge des vivants

elle me revient en bouche et aiguillonne ma soif

l’expérience de mes mains supplante ce que mille livres sauront te dire pour vrai de la mort, ses cadavres à millions

toi tu n’as pas parlé, tu as pris possession devant moi, comme pour m’en priver, du repos de la couche, tout horizon dû où je n’ai plus ma place

tu ne sais rien, David, et nous sommes devenus mieux que deux frères quittes

un seul corps mutilé.



Je me suis fait aux arbres également après que j’ai pris au visage cette dépression de lumière qui signe le temps d’ici

je t’ai envié comme la mort David d’un désir fabuleux

la tienne les vaut toutes et il me les a toutes fallu pour te comprendre enfin

je vais t’instruire de ce qui a pris fin ici avec toi par ma main je vais dire comme je sais au jour où tu m’as laissé ton nom

c’était là un baptême, David, tu pensais

il m’a biffé du compte des hommes aussi net qu’un outil lancé quand il a fait de moi la redite amoindrie de ton propre visage

je ne suis que l’ombre de mourir à l’ombre de ce reste de toi. ”
 

lecture intégrale possible sur :  

http://fr.calameo.com/read/003393676941515873934

 

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CHANTAL PELLETIER

Tamalous

23x11 cm  48 pages  12 Euros

 

Chantal Pelletier est l’auteure de plusieurs «polars» à la Série Noire, de romans publiés aux éditions Joëlle Losfeld (“Paradis andalous”, “De bouche
à bouches”), de «textes gourmands» (“Voyages en gourmandises”, “Tirez sur le caviste”) et de livres moins facilement étiquetables (“Cinq femmes chinoises”, "Et elles croyaient en Jean-Luc Godard”, “Signoret ou la
traversée des apparences”, “A coeur et à Kriss”). www.chantalpelletier.net/


“ LA TRAVERSÉE DES DAMOCLÈS


De fille devenue
femme
de femme
dame
de dame
ombre
et solitaire
faut pas se la raconter
les mecs c’est comme ça
soit ils vous plaquent
soit ils vous claquent.

Eveillée
la vieille
a des années
veillé
à traverser
les Damoclès
sans être
dépiautée
dézinguée
zigouillée.

Des Damoclès
elle a déjoué
les fractures
les ruptures
les attaques
les sales coups
les crabes
les loups
toute la ménagerie
du cirque de la tripe.

Invisible
transparente
et tellement polie
yeux polis
pour moins voir
les ravages du visage
nez poli
pour moins sentir
les effluves qui lui montent du bec
les effluves qui lui montent du cul
oreilles polies
pour moins entendre
les lazzis et sarcasmes
se moquant du fantôme
de la petite dame
à grolles confortables
à sapes confortables.
 

Des Damoclès
elle a franchi
une bonne partie du défilé
en presque bonne santé
et elle persiste
à avancer
de plus en plus tassée
pour mieux se faufiler
dans l’étroite vallée
dos courbé pour passer
sous la voûte étoilée.

Quand elle aura gagné
qu’elle aura traversé
la grande mégalopole
des tueurs interlopes
que sa témérité
les aura tous vaincus
les enfoirés qui guettent
aux gorges des Damoclès
au-dessus de sa tête penchée
tranchante
bien aiguisée
à chaque instant
prête à tomber
il restera l’épée. ”

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http://fr.calameo.com/books/003393676858233afb180

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GILLES PLAZY

Ciel renversé

23x11 cm  48 pages  12 Euros

Longtemps journaliste, auteur de nombreux ouvrages de genres divers, quelque peu préoccupé par la peinture et le photographie, c'est à la poésie qu'il doit d'avoir senti se tendre le fil rouge de son avancée. Né en 1942, il s'est installé eu bord de l'océan en Finistère sud. gilles.plazy.monsite-orange.fr

“ Ecrire en poésie, ce serait, hors bavardage et lancinante rhétorique, se prêter à l’éveil du sens. Quitte à avancer dans un labyrinthe où pour tout fil Ariane n’encourage que de sa danse. Encore faudrait-il accepter de s’y perdre. C’est que la poésie toujours s’éloigne devant qui voudrait la saisir. On a beau invoquer Rainer Maria Rilke et Paul Celan, elle ne sera jamais que ce désir d’une parole juste, mais inaccessible parce que sans cesse en mouvement. ” G.P.

 

EXTRAIT

“ RILKEANA

Terrifiant terrifiant tout ange est terrifiant pression divine visage subjugué la mort tendrement dès l’origine en savoir infini des jours parmi les fleurs les arbres les étoiles de l’été l’attente en prodigalité des fontaines toutes choses dans la joie la douleur sybilles et prophètes une chouette sur le Nil parmi les étoiles silencieusement la volupté sur un tapis indicible l’enfant inscrit dans la constellation

amants comblés vos mains commencent les vendanges amants dans l’étreinte de l’éternité amants aux paroles gonflées du vent de l’aube dans la chambre immémoriale

dans le jardin miroir des eaux Narcisse sous le geste tendre du saule visage inconnu comme reflet d’astre sourire d’ange souffle coupé frisson dans les paumes le désir la peur ou la joie l’offrande d’une rose dans le matin vénéneux feuillages innocents figure légère oiseaux ironiques géode meurtrie

enfant émerveillé fleur illusoire du destin funèbre est-ce métamorphose ? mais ferveur louange déjà pour l’enfant éperdu en souci de lumière dans le jardin d’Orphée image vacillante sur l’eau irisée brise brise dans le jardin Narcisse titube dans le désir

l’œil visionnaire creuse le miroir l’or aveugle n’a rien à dire au dieu caché dans le taillis le deuil a son emblème

sur la rive du fleuve en crue que sais-tu de la nuit des temps ? que sais-tu des racines dans la fatalité des anges familiers ? murmure des fruits dans l’arbre effondrement d’un cœur sous la main de Madame la Mort mère sauvage au lait amer d’une naissance en vrille chant sauvage des racines et danse laborieuse des ancêtres marionnettes sous la lampe indiscrète d’un théâtre de banlieue rideau rideau quand l’obscur résiste et gorge en fièvre dans le hurlement des loups l’espace est dissocié dans le creux de l’événement

terrifiant terrifiant… des morts que savons-nous ? le pantin en dérisoire subterfuge...

oiseau faucon comme ange déluré voici de brocart l’impassible reine sur le pont brisé fille d’astre en éclat du désir au jardin Ève en gloire au tympan des vierges rose rosace sphère amicale pour l’homme intimidé les yeux d’ambre du chat question d’inconnu dans le sable de la mémoire l’ombre caresse l’enfant anis étoilé dans le royaume botanique Alice étoilée dans les eaux de la mémoire feuillages irradiants pierres souriantes sur le chemin en cercle lignage du solitaire armoiries condescendantes somnolence des rouages du temps partage des souffles le pas léger source dans le jardin sourire dans l’effusion insaisissable ”

 

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Paul Gauguin, l'insurgé solaire

23x11 cm  48 pages  12 Euros

 

L’exil de Gauguin, choisissant d’être sauvage en Polynésie plutôt qu’un fils ordinaire de l’Europe, fut moins une fuite qu’un acte de combat généreux, autant pour la peinture qu’il voulait renouveler que pour un monde en perdition ; ce fut un sursaut de liberté dans la gloire solaire. Le peintre ici prend la parole pour dire ce que fut sa vie en peinture, sa vie d’homme révolté, d’artiste subversif. A l’entendre, ainsi s’adressant à nous aujourd’hui, il nous vient l’assurance que Gauguin est toujours vivant.

 
“ Je suis un sauvage,
le frère des maoris, des nègres, des indiens. Je suis un sauvage. Je suis un insurgé. Je suis un incendiaire. J’ai mis le feu à la peinture, le feu à l’Europe, le feu à l’Occident. J’ai renié votre civilisation pour vivre loin, sous les Tropiques, vêtu d’un paréo, faisant l’amour avec des vahinés dans la Maison du Jouir, peignant, surtout peignant ; à la peinture acharné, obstiné, pour la sauver de l’académisme, de la perspective, des joliesses de l’impressionnisme et des brumes du symbolisme ; vivant de la peinture, mourant de la peinture – et moi, Paul Gauguin, le sauvage, mort à Atuona, dans l’île des Marquises, Hivaoa, je vous crache au visage.

EXTRAIT

"Je suis un nègre"
a dit Rimbaud en quittant Charleville, en quittant sa mère, l’ineffable Mother, en quittant sa sœur, la niaise Isabelle, mais lui, c’est l’or qu’il voulait, poésie reniée, jetée aux orties ; il ne voulait plus que l’or. Plus de bateau ivre ! Il est parti, Rimbaud, il a bien fait de partir, loin de Verlaine et des enfileurs de vers, mais c’est l’enfer qui a eu le dernier mot. La poésie s’est vengée, l’a brûlé de l’intérieur. Oui, le feu, toujours le feu, le feu en nous ; n’est-ce pas, Vincent ? Vous ne pouvez pas comprendre, vous, les tièdes, les complaisants, les êtres mous des cités moisies.


Vincent est mort,
mort dans les blés, dans un vol de corbeau, mort au soleil, mort de soleil, mort de peinture, mort de solitude. Vincent brûlé d’une folie, de tournesols, mort de trop d’amour en lui, n’a pas fini de tourner autour du soleil. En Arles j’ai peint ses yeux de fou ; puis j’ai quitté tout ce jaune qui était l’or de Vincent, et son rêve d’atelier fraternel parce que, moi, l’atelier je le voulais dans un autre monde, une autre peinture, mais je le dis encore, je ne cesserai pas de le dire, l’esprit des morts veille. ”
 

 

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http://en.calameo.com/read/003393676b2e2f807c9d4

 

 


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                            Anne de Szczypiorski

              L'ATMOSPHÈRE EST SACCAGÉE

 
                                               
23x11  70 pages  12 Euros   

 

    On ne devrait pas mourir à vingt ans. On ne devrait pas se sentir assez mal en vie pour se tuer.  On ne devrait pas tant souffrir quand on a un don tel celui qu’avait Anne de Szczypiorski. Mais on ne meurt pas quand on laisse derrière soi des écrits qui disent si bien l’envie de vivre et la douleur de vivre. Une œuvre ici témoigne en lumière d’un être qui fut pris par l’ombre.

 

EXTRAIT

   ” Les mots ne parlent pas comme ils devraient parler. Il faut jongler, jouer avec, les faire pleurer ou rire, les colorier, les dessiner, leur donner la forme d’une bouche renflée, suave, un peu triste, celle d’une main sans chair qui rappellera l’araignée, celle d’une fille longiligne, moulée dans un blue-jean et un chemisier cacharel, celle d’une chevelure couleur de piano neuf, celle d’un regard de chat qu’on n’humilie jamais.
    Pourquoi écrire, quand on est gai, quand la joie gicle, pareille à un feu d’artifice, en fusée, en feu de Bengale, en gerbe, pas besoin de mots. Leur fadeur les tuerait. Et quand on est triste, c’est pire encore, car la tristesse, toute mélancolie, se cristallise sous la plume et s’approfondit, en prenant substance. Alors on devient assez masochiste pour se complaire en sa peine, sa douleur.
    Faut-il écrire quand on est sans passion, neutre, indifférent, glauque? En ces moments, je n’en ressens jamais l’envie. Le désir, aussi petit soit-il, n’est-il pas indispensable pour créer ? N’est-ce pas la soif qui porte le génie ?
   «Le jour des quarante-cinq couchers de soleil, tu étais donc tellement triste ? » Le Petit Prince ne répondit pas.
   Je vis dans d’autres dimensions, je vis dans l’incroyable, ce que l’on ne voit pas, ce que l’on n’entend pas, ce que l’on ne sent pas et je ne veux pas atterrir.
   Pour m’atteindre, il faut que le blues infuse  des déchirures de vielle, de guitare, de saxo. Il faut perdre toute notion du réel et de l’irréel. Il faut que les voyelles éclatent de couleurs diaphanes et nébuleuses, sans pour cela s’appeler Rimbaud. Il faut des vents échevelés qui feutrent les chevelures, des brumes flottantes et grises pendant aux arbres comme des robes de mortes. Il faut des myosotis, ancolies semblables aux yeux de Pascale. Il faut des toits pointus d’antiques maisons rongées, des eaux mendiantes où crèvent des bulles et où frissonnent des souvenirs.
    Il faut des soleils jaunes où s’effilochent les étoiles, les astres avec leurs calèches en or, en diamant, en aventurine, en chrysolite, comme des milliers d’yeux qui poinçonnent la nuit. Il faut l’aube, son balbutiement perlé où pleut la rosée en gouttes de lune. Il faut l’aurore orange avec la mauvissure du grand ciel infini et déchiré. Il faut que le chagrin soit bu par des lèvres, il faut que la  nuit palpite contre la vitre comme un papillon égaré.
    Il faut. Il faut. Il faut. Il faut les fils de la vierge dégouttant de joyaux. Il faut que toutes les guitares du monde s’appellent Candélaria. Il faut tant de choses, tant d’images. C’est impossible. Vous ne pouvez comprendre.
   Je ne veux pas changer, je ne veux pas vieillir…jamais. Je veux mourir avant de vieillir, avant de me métamorphoser en quelqu’un semblable à vous, avant de devenir quelque chose de réel, car je suis irréelle. Ce que je fus hier, ne sera plus demain.

 

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